Et fais-nous oublier les injustices de ce monde (Elytis)

Ma série sur les réfugiés est terminée. Le dernier tableau est intitulé « Et fais-nous oublier les injustices de ce monde» (Elytis), extrait du poème Courage du lauréat du Prix Nobel de littérature 1979, Odysseas Elytis.

Le thème des réfugiés m’a habitée pendant des mois. Ce fut un parcours intense : j’ai utilisé l’acrylique, les étampes, les papiers déchirés et recollés pour reconstruire une trame géopolitique en 18 tableaux inspirés de l’actualité. Ces tableaux feront l’objet de mon exposition solo du 20 septembre au 3 octobre 2016, à la Librairie-galerie Bonheur d’occasion, 1317, avenue du Mont-Royal Est, Montréal.

Voici le poème Courage, mis en musique par Angélique Ionatos sur son dernier CD Reste la lumière.

Courage mes colombes, mes anémones

Mes belles compagnes esseulées

Là où les ténèbres tissent et se tapissent

Devenez petits soleils qui se hissent

Parfois la ruelle sombre mène à une plage fleurie

Parfois même le malheur s’ouvre sur l’embellie

Et c’est dans la désolation et dans le noir

Qu’embaume et s’enracine la mémoire

Prenez une parole d’or un désir ardent

Prenez un petit luth, prenez un baglama

Que monte le chagrin commence la chanson

Et que la fête emporte la tête et la raison

Racine amère racine et source secrète

Donne-nous la fierté emporte la colère

Et fais-nous-oublier les injustices de ce monde.

Et fais-nous oublier les injustices de ce monde
Et fais-nous oublier les injustices de ce monde (Elytis) Acrylique et collage, 2016 24 x 30 po.

 

Isola de Lampedusa, Italie

En février, le documentaire Fuocoammare de Gianfranco Rosi a reçu l’Ours d’or du meilleur film au festival de cinéma de Berlin.

On a pu lire que « sans voix off ni commentaire, Fuocoammare raconte en parallèle le quotidien d’habitants de l’île italienne et celle de ces milliers de migrants qui y arrivent en bateau dans des conditions catastrophiques, dont beaucoup perdent la vie.»  Après avoir reçu son prix, le cinéaste a indiqué «qu’il n’était pas normal que des gens meurent en traversant la mer pour échapper à des tragédies.»

Mon tableau Isola de Lampedusa, Italie fait partie de ma série sur les réfugiés. Il était en gestation avant que je prenne connaissance de ce film… Lampedusa se trouve à 205 km de la Sicile, 167 km de la Tunisie, 220 km de Malte et 355 km de la Libye.

Plus tôt en janvier, le Prix Simone de Beauvoir, qui récompense chaque année depuis 2008 un candidat pour son action en faveur de la liberté des femmes, a été remis à la maire de Lampedusa, Giuseppina Maria Nicolini, pour récompenser son engagement en faveur des droits des réfugiés. En acceptant son prix, elle a déclaré :

« Nous avons appris que les politiques de fermeture et de rejet provoquent toujours plus de souffrance, et mettent en danger notre propre survie, notre sérénité, notre bonheur. C’est vrai à Lampedusa comme à Calais, Kos ou Lesbos. (…) Je veux refuser d’agrandir encore le cimetière de mon île. Je refuse une politique européenne immorale et honteuse, et la compassion stérile de ceux qui pleurent après la photo d’un enfant mort et ferment leur porte à tous les autres. »

Elle a appelé à « construire des politiques communes d’immigration, d’accueil, de sécurité et de lutte contre le terrorisme, pour revenir au projet fondateur de l’Europe, aujourd’hui à l’agonie. »

Isola de Lampedusa
Isola de Lampedusa, Italie Acrylique et collage, 2016 20 x 34 po.

Flots et fléaux sur la mer Égée

Sur la mer Égée, les vagues, la côte grecque et les embarcations des réfugiés syriens, voici un nouveau tableau sur un sujet d’actualité qui ne cesse de m’émouvoir. C’est une œuvre évocatrice, avec ses fragments de territoires déchirés, ses lambeaux de paysages disloqués, ses taches de sang. Et pourtant, l’espoir transcende la douleur. Je croyais que ma série sur les réfugiés était terminée, mais il me reste encore deux sujets à explorer…

Mer Égée et les réfugiés
Mer Égée et les réfugiés, acrylique et collage, 2016 24 x 30 po.

Mon tableau Au-delà des frontières sera publié par la Ligue des droits et libertés

La Ligue des droits et libertés m’a informée qu’elle publiera un de mes tableaux en page couverture de son numéro du mois de mai. La revue Droits et libertés, produite par la Ligue des droits et libertés en collaboration avec la Fondation Léo-Cormier, est publiée deux fois par an (automne et printemps). Dans chaque numéro, un thème est traité plus en profondeur et a pour objectif de susciter une réflexion sur des enjeux de droits. Le numéro de mai portera sur les droits des réfugiés.

Mon tableau fait partie d’un tryptique intitulé Au-delà des frontières.

Au-delà des frontières-2
Au-delà des frontières-2 Acrylique et collage, 2016 12 x 16 po.

Mer Égée, série Les réfugiés

Je termine ma série Les réfugiés avec un dernier tableau Mer Égée. Au total, j’ai réalisé 15 tableaux inspirés du drame humain qui se vit aux frontières de la Serbie, de la Macédoine et de la Grèce, en mer Égée et en Syrie. Murs barbelés, montagnes sombres, froideur hivernale, champs et rives anonymes, soleil couchant, mer tachée de sang… ces tableaux offrent un regard personnel sur un monde lointain qui n’est pas nôtre, mais qui est pourtant le nôtre.

Mer Égée
Mer Égée Acrylique et collage 2016 12 x 16 po.

En guise de conclusion, voici une des chansons de Gianmaria Testa intitulée Une barque noire (Una barca scura).

au fond de la mer

chante une sirène,

toute la nuit elle chante,

elle chante doucement

pour qui veut l’entendre

on entend à peine,

au fond de la mer

chante une sirène

au milieu de la mer va

une barque noire

qui a perdu le vent,

perdu sa voile,

et qui l’attend

l’attend encore,

au milieu de la mer va

une barque noire

au fond de la mer

au fond de la mer profonde

je laisse mon chant

qui ne console pas

pour qui est parti

et s’est perdu au monde,

au fond de la mer

au fond de la mer profonde

Sur YouTube : https://youtu.be/1-Aac60wSG4

 

 

 

 

 

Madaya (Syrie), ville assiégée

« Avant le début du mois de janvier, Madaya n’était encore qu’une obscure ville du sud-ouest de la Syrie, cachée dans l’ombre de sa voisine, Zabadani, champ de bataille entre rebelles de l’opposition et les forces du président Bachar el-Assad, récemment fédérées au Hezbollah. Mais aujourd’hui, tandis qu’y arrivent les convois alimentaires et médicaux espérant lever son siège de la faim, Madaya polarise la colère des humanitaires syriens. La ville est devenue le symbole de leur exaspération vis-à-vis des Nations unies, qu’ils accusent de privilégier leur relation avec Damas aux dépens des habitants.

Selon des travailleurs humanitaires, le siège de Madaya est le pire de toute la Syrie. En octobre, déjà, des habitants de la ville avaient tenté de révéler la gravité de leur situation au plus grand nombre. En décembre, au moins 6 enfants et 17 adultes sont morts de faim et des centaines d’autres ont vu leur vie menacée par la famine.

Les responsables de l’ONU le savaient, mais il aura fallu que des images d’enfants décharnés fassent le tour des réseaux sociaux et suscitent l’émoi des médias pour qu’ils sortent de leur silence. Avant cela, leurs inquiétudes se sont bornées à un mémo interne, non destiné au public. » http://www.slate.fr/story/112855/onu-minimise-famine-madaya

Madaya (Syrie) dyptique
Madaya (Syrie) dyptique Acrylique et collage, 2016 12 x 16 po.

Un hiver de force en Serbie

Voici trois nouveaux tableaux sur le thème des réfugiés syriens, en attente  à la frontière serbo-macédonienne. Là-bas aussi, c’est l’hiver, comme l’explique ce texte diffusé par la Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF).

« Le froid hivernal et les chutes de neige menacent la santé des enfants des réfugiés mais ne ralentit pas leur flux à travers l’Europe, avec 31 000 arrivées enregistrées sur les îles grecques depuis le début de l’année.

« La situation est absolument désespérée« , a déclaré à l’AFP Valentina Bollenback, porte-parole de l’organisation Save the  children, jointe par téléphone à la frontière entre la Serbie et la Macédoine, région actuellement couverte de neige.

« Il existe un risque accru d’hypothermie, de pneumonie et d’autres maladies« , a-t-elle averti, racontant avoir vu des enfants tremblants, aux lèvres bleuies.

Parvenus à la frontière avec la Serbie après avoir traversé la Macédoine, les réfugiés sont obligés de franchir à pied, à travers une neige profonde ces derniers jours, les quelque deux km jusqu’au premier point d’accueil serbe à Miratovac.

Les espaces d’accueil, conteneurs et tentes, sont chauffés mais cela ne dispense pas les réfugiés de longues heures d’attente à l’extérieur. Protégeant tant bien que mal leurs enfants, souvent emmitouflés dans des couvertures, de températures en dessous de zéro, les réfugiés attendent un bus ou un train qui leur permettrait de poursuivre leur voyage vers la Croatie et, plus loin, vers l’Europe occidentale.

Mme Bollenback a précisé que les autorités serbes avaient « intensifié » leurs efforts face au froid, mais insisté sur le fait qu’il fallait répondre au problème d’une manière « digne« .

L’Unicef a constaté que les enfants des réfugiés arrivaient « physiquement exténués, effrayés et souvent en besoin d’assistance médicale« .

« Les températures enregistrées récemment (…) menacent la santé des enfants qui ne disposent ni de nourriture, ni de vêtements adéquats » tandis que « l’absence de chauffage dans certains centres d’accueil, et certains moyens de transport, ne fait qu’aggraver la situation« , s’est inquiétée l’agence onusienne. » (…) AFP, 19-01-2015

https://www.rtbf.be/info/dossier/drames-de-la-migration-les-candidats-refugies-meurent-aux-portes-de-l-europe/detail_migrants-le-froid-fait-grelotter-les-enfants-mais-ne-tarit-pas-le-flux-des-arrivees?id=9190292

Miratovac-1
Miratovac-1 Acrylique et collage, 2016 12 x 16 po.
Miratovac-2
Miratovac-2 Acrylique et collage, 2016 12 x 16 po.
Miratovac-3
Miratovac-3 Acrylique et collage, 2016 12 x 16 po.

 

 

Au-delà des frontières

Dans ma série de tableaux Les Réfugiés, j’ai terminé cette semaine un nouveau tryptique intitulé Au-delà des frontières, une suite au tryptique précédent Frontière gréco-macédonienne, Gevgelija et Idomeni.  L’art est un antidote au maelstrom médiatique qui nous agite.

Je vous invite à écouter Semeurs de blé de Gianmaria Testa, chanteur italien, extrait de son CD Da questa parte del mare (2006). https://m.youtube.com/watch?v=UcjizWH6cSw

« Ils sont arrivés, il faisait jour

hommes et femmes sur le haut-plateau

du pas lent, silencieux, avisé

des semeurs de blé

et ils ont cherché ce qui n’y était pas

entre la décharge et la voie ferrée

et ils ont cherché ce qui n’y était pas

derrière les jumelles de la police,

ils ont plié les mains et les yeux au vent

et s’en sont allés.

Jusqu’à la route, la nuit tout autour

sont arrivés du haut-plateau

des hommes et des femmes l’air pensif

des semeurs de blé

et ils ont laissé ce qui n’y était pas

à la décharge et à la voie ferrée

et ils ont laissé ce qui n’y était pas

aux yeux liquides de la police,

ils ont tendu leurs mains contre le vent

qui les emportait. »

janvier
Au-delà des frontières, tryptique, acrylique et collage, 2016 12 x 16 po.

Les refoulés de la frontière gréco-macédonienne

« La scène, violente, ne dure que quelques minutes. Puis le groupe est repoussé à plusieurs mètres du poste-frontière entre la Grèce et la Macédoine. Devant eux, 10 kilomètres de barbelés et le refus catégorique, depuis le 19 novembre, de les laisser passer. Depuis cette date, en effet, la Macédoine et la Serbie n’acceptent que les réfugiés issus de trois pays (Syrie, Irak et Afghanistan). Tous les autres sont refoulés. Vendredi 4 décembre, ils étaient environ 2 500 à se retrouver ainsi bloqués côté grec, dans un vaste champ de tentes. » Le Monde, 05.12.2015

« Des incidents ont lieu presque tous les jours, les refoulés, essentiellement des Pakistanais, des Bengladeshis et des Marocains, tentant soit de forcer le passage, soit d’empêcher les Syriens, les Irakiens et les Afghans de passer. (…) Afin de contrôler ce flux, la Macédoine a finalement érigé, le 28 novembre, une clôture haute de 2,5 mètres et longue de trois kilomètres de part et d’autre du poste frontière de Gevgelija, la ville macédonienne qui fait face à la grecque Idomeni. « Libération, 04.12.2015

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Frontière gréco-macédonienne, Gevgelija et Idomeni, tryptique,           (Série Les réfugiés) Acrylique et collage, 2015 12 x 16 po.